Archives mensuelles : septembre 2012

Liberté d’expression, suite ?

J’ai un peu bâclé mon article d’hier sur l’affaire Charlie Hebdo VS le monde entier pour la simple raison que je n’avais pas poussé ma réflexion assez loin faute de temps. Bien que je continue à soutenir ce que j’ai pu écrire hier, aujourd’hui est un nouveau jour et le temps, comme l’avis de beaucoup de monde lu depuis, me sont parvenus et je souhaite continuer sur le sujet :

Pourquoi cette question ?

Je peux me tromper, cela m’arrive souvent et j’aime cela mais après réflexion la lecture que j’ai de ces caricatures et surtout de la démarche (avouons le tout de suite : lesdits dessins sont loin d’êtres les meilleurs publiés dans le journal) est la suivante :

On parle ici de gens intelligents, sachant très bien à quoi ils s’exposent en publiant des dessins de ce type dans ce contexte, qui le font sous prétexte de la liberté d’expression. Mais plus que la démarche, ce sont les réactions qu’il faut regarder…

La classe politique est divisée, les médias y vont de leur commentaire, les twittos hurlent qui à l’outrage, qui a l’encouragement, … Bref on aime, on déteste, on manifeste le fait que l’on va l’ignorer… Mais on en parle !

Et bordel ce que ça fait du bien de parler ! D’aborder un sujet, d’essayer d’avancer sur ledit sujet et pour certains de se révéler dans la précipitation (comme je l’ai fait hier – mea culpa).

D’un tabou stérile émergent des compromis, certains sortent d’une auto-censure désavouée pour soutenir la cause de Charlie et d’autres se révèlent plus cons encore que l’on ne le pensait (j’ai le droit, elle a dit qu’elle était pour la liberté d’expression).

Etrangement, les commentaires sous les articles de la presse grand-public (lisez-les c’est souvent ce qu’il y a de plus instructif) sont bien moins stupides que d’habitude, les gens revendiquent un avis, l’étayent et ne se réfugient pas dans une posture pré-conçue par un parti. En fait ceux dont l’avis est le moins construit sont justement les politiques !

Malheureusement beaucoup se sont aussi sentis offensés par la démarche de Charlie et j’ai lu aussi avec beaucoup d’attention toutes ces manifestations de tristesse, dégout, colère… Mais jamais de haine, déraison, …

Plus les publications affluent et plus je me dis que la liberté d’expression (ou de blasphémer comme disent certains) a été utilisée en prétexte à l’ouverture d’un débat, de discussions qui pourraient tous nous rapprocher, permettre à certains de connaitre l’islam par un autre prisme que le JT de TF1 et ses amalgames douteux…

On nous avait promis la fin du monde après la publication de ces dessins, et si on leur donnait tort et qu’on essayait d’avancer à la place. Pour que ces caricatures ne soient pas les dernières mais le point charnière qui marquerait le passage à une société où l’on ne craint pas ce qui est différent et l’on vit avec et de nos différences, ensemble !

A bon entendeur !

EDIT: Le monde a réalisé une interview de Charb et d’une partie de la rédaction qui me semble aller dans le sens que je décris ici.

Charlie Hebdo, prophète de la liberté d’expression ?

Ce matin j’ai, comme beaucoup je pense, acheté la dernière édition du journal satirique Charlie Hebdo. Je l’ai feuilleté et ai publié une photo sur Twitter qui a été reprise un certain nombre de fois. L’heure est venue d’expliquer pourquoi et dans quelle mesure je soutiens (ou pas) la démarche du journal.

D’abord je vais clarifier un point tout de suite pour les lecteurs qui tomberaient sur cet article sans avoir rien lu de moi par le passé : je ne suis pas raciste, je me fous de la religion, mais respecte toute croyance et tout croyant. Je ne veux pas m’ériger en donneur de leçon ou prétendre apporter un point de vue qui mette tout le monde d’accord – juste le mien, dans toute mon humilité.

Est-ce que ces caricatures (bon enfant, mais mises dans le contexte actuel plutôt graves) étaient nécessaires ? La réponse à cette question ne peut tenir en un « oui » ou un « non » – quel que soit le point de vue.

D’un côté nous avons une figure sacrée pour une part considérable de la population et dont la représentation (par un croyant !) est interdite. De l’autre la peur de tomber dans le tabou pour tous. Doit-on respecter les croyances de tous : oui. Doit-on s’interdire ce que d’autres se sont interdit : non, à moins d’être convaincu soi-même.

Le risque au final, du point de vue du journal, est de tomber dans un obscurantisme qui brimerait une partie de la population pour en respecter une autre. La démocratie pure et appliquée comme un robot voudrait en effet que celui qui gagne est celui qui est le plus nombreux : « les musulmans ne sont pas 51% de la population donc on peut y aller ! » – Ce serait bien sûr débile…

A l’inverse je comprends ceux qui pourraient se sentir offensés par ces images et mises en scène mais les supplie de lire l’encart publié justement ce matin qui précise bien à qui se destinent ces caricatures : aux extrémistes et aux obscurantistes.

Si d’autres se sont senti offensés par la démarche ou les dessins c’est que Charlie a raté son coup ou que ces autres n’ont pas accordé assez d’attention au contexte dans lequel étaient publiées ces images.

Je connais nombre de musulmans qui sont les premiers à être désespérés par les dérives de gens qui disent partager la même foi qu’eux et qui, au nom de cette foi, vont commettre des actes qui résultent uniquement en une « diabolisation » de tous les croyants et leurs croyances…

Bref, le débat est ouvert sur la question du « fallait-il » – pour ma part je pense que oui, il était du devoir de Charlie Hebdo de revendiquer sa ligne éditoriale et de ne pas se laisser condamner par le tabou quitte à offenser au passage certains qui ne sont pas visés mais auraient mal compris le message.

Le seul bémol que j’apporterai à ceci est que cela ne devrait pas être vendu, mais distribué gratuitement, sur Internet par exemple, pour éviter que le journal ne soit taxé de choquer pour gagner de l’argent…