Archives mensuelles : janvier 2012

Ce que Megaupload a fait de mieux, c’est mourir…

Je n’ai jamais caché mon aversion pour Megaupload ou quelque plateforme de téléchargement en direct download (ou non) qui fait de l’argent sur le dos du partage. Je n’ai jamais non plus caché mon aversion pour le lobby du droit d’auteur (et pas le droit en lui-même) ni pour les lois qui en ont découlé à travers le monde. Ces positions peuvent paraître incompatibles de prime abord mais sont pourtant très liées : je suis pour que l’Art se trouve une nouvelle économie, se passant au maximum d’intermédiaires, et une plateforme comme Megaupload était justement un intermédiaire (ils s’envisageaient lancer une plateforme légale) dont le seul but était son profit personnel…

Avant de poursuivre il me faut cependant clarifier un point : la façon dont les arrestations et les saisies de matériel se sont opérées, la réaction en chaine des politiques se félicitant de “la mort du piratage” (no kidding, je l’ai lu quelque part), toutes ces conneries là sont indignes de la société démocratique que l’on nous vend à grand renfort de campagnes électorales tous les cinq ans. Et, bien que j’ai fêté la fin de Megaupload dignement, je reste aujourd’hui inquiet par la facilité avec laquelle les services ont été bloqués…

Et puis j’ai observé la réaction logique : you fuck with the Internet, the Internet fucks you back. Et c’est presque beau, poétique, … dommage !

Depuis des années déjà des poignées de gus dans des garages se battent contre des lois qui promettent ni plus ni moins que ce qui est arrivé ici à Megachose. Ces lois prévoient de travailler, dans la plus totale opacité, en utilisant des prétextes fallacieux pour parvenir à leurs fins, à civiliser, responsabiliser, bref censurer Internet. En France la première à entrer en vigueur fut l’Arjel… Oubliée depuis, mais toujours en fonctionnement !

Et il faut que l’on ferme Megaupload, un des pires sites se revendiquant du partage, en fait réelle pompe à fric allant à l’encontre de l’éthique sur tous les étages, pour qu’une levée de bouclier s’opère ? Dommage !

Mais finalement ce qui compte c’est d’avancer, ce qui compte c’est la mobilisation, le mouvement. Ce qui compte c’est que la mort de Megaupload, comme la création d’Hadopi avant cela (à une autre échelle), a fait prendre conscience des enjeux réels qui sous-tendent à la situation générale, à un grand nombre de personnes à travers le monde.

Le mot à la mode devient la décentralisation, les gens comprennent qu’il est possible de couper l’un des vingt sites les plus importants en termes de trafic sur un prétexte bidon (alors que les vrais ne manquaient pas) sans qu’il soit possible de rien faire… La censure est réelle, les prétextes divers et le cheval de Troie du droit d’auteur diablement efficace… Mais ce n’est pas fini, et les réels enjeux vont bien au-delà des sites de partage, les réels enjeux sont le contrôle d’Internet (LOPPSI 2), sa surveillance (Hadopi), celle des citoyens l’utilisant (CNI électronique), …

A l’échelle de la France j’ai constaté ces derniers jours un phénomène amusant : depuis la Hadopi beaucoup de monde avait migré sur le direct download (quoi qu’en dise la Hadopi), depuis la fermeture de MU et le défilage en règle des concurrents restés en ligne l’opération inverse s’opère peu à peu. Certains sont perdus et pédalent un peu dans le vocable : “où je trouve un tracker pour mon film ?” mais la passivité induite par des systèmes comme MU n’est plus, n’attendez pas 45 secondes, ne soyez pas passifs, n’ayez pas à payer et ne supportez pas de la pub porn pour voir un film en mauvaise qualité en streaming sur un site qui vous coupera de toutes façons avant la fin !

Internet retrouvera peut-être à ce rythme sa forme naturelle, où un acteur comme MU monopolisant 5% du trafic mondial pour générer des profits monstre sous couvert de légalité douteux n’a pas sa place… Alors merci le FBI de vous y être pris comme des porcs pour dézinguer un vrai ennemi du partage, mais bon courage pour la suite, ça risque d’être lulz !

Et puis pour finir en musique et pas passer (uniquement) pour un rabat-joie, la première vidéo que je relaie des Anon :

Je me suis (enfin) fait flasher par la Hadopi

On est mardi, tout est permis ! Et justement c’est la Hadopi qui s’y est mis et là j’en ris comme c’est pas permis. Après plus d’un an d’existence la Hadopi aurait enfin flashé un pirate ?!

Surprise (et fou rire) quand je me décide pour une raison obscure d’ouvrir une boite mail qui me sert presque plus pour regarder ce qui a pu bien tomber dedans et que j’y trouve un email dont le sujet n’est autre que “Recommandation HADOPI”. Je ne suis pas dupe et donc je vérifie un peu, l’adresse IP est la bonne, l’adresse aussi, les headers du mail ont l’air corrects…

Bon et bien appelons le numéro non surtaxé pour demander l’envoi du détail des oeuvres par courrier (so 20e siècle !) – 10 minutes d’attente, première intervenante : “allez sur trois double vé point Hadopi point fr, téléchargez le dossier, remplissez le et renvoyez le nous par voie postale pour que l’on vous réponde au plus tôt” (so 19e siècle !!).

Grmpf ! Je grogne un peu, en restant poli, et on me passe quelqu’un qui travaille à la CPD – et là une fois le numéro de dossier on me dit que ma demande est prise en compte que je la recevrai d’ici la fin de la semaine (admettons) mais que “je peux d’ores et déjà vous dire que le logiciel utilisé est transmission” (en hésitant sur le nom du client P2P livré par défaut sur pas mal de distro linux)…

Grand dieux ! Mais donc en plus ce ne serait pas un faux négatif !

J’attends donc de recevoir le détail des oeuvres et d’ici là je remercie la Hadopi de m’avoir fait penser à relancer transmission que j’avais éteint ce matin !

Pour l’anecdote et expliquer pourquoi je suis si content de ce flash : en la même période de temps qu’il aura fallu à la Hadopi pour réaliser que peut-être ma ligne n’était pas sécurisée, j’ai prouvé par 3 reprises (ici, ici et ici) que la sécurité n’était pas leur fort non plus sans parler de TMG ou du ministère de la culture ou même sans parler de l’interco TMG/Hadopi coupée par l’ami Bluetouff

Ah oui : même pas peur 😉

EDIT : pour fêter ça on se fait un petit apéro open ? Je serai à partir de 19h au week-end café (3 rue de Washington, Paris 8e) – aka mon QG – vienne qui veut !

Quand nos amis les politiques s’essayent au 2.0

La campagne présidentielle a commencé depuis un certain temps déjà (même si toujours pas officiellement, chaque élection ça commence plus tôt) et les élections se rapprochent à grands pas. Tous les observateurs s’accordent pour dire que plus que la précédente encore cette campagne fera la part belle à l’Internet et que celui-ci pourra peser réellement sur le résultat.

Un outil en particulier m’intéresse ici : Twitter. Le système de microblogging permet facilement et rapidement de répondre à des questions simples que les électeurs pourraient se poser. Une opportunité sans nom pour les candidats au poste de VRP de notre douce France puisque grâce à Twitter ils peuvent discuter avec les quelques 2.5 millions de français qui twittent twittent twittent…

Mais c’était sans compter sur l’habitude malsaine de nos amis politiques endurcis qui se contentent, comme on le leur a appris à Sciences-Po de se servir du réseau social comme d’un bête média traditionnel, à communication unidirectionnelle, et finissent par pondre des platitudes comme :

« Demain je serai chez <insérez ici un nom de média> pour dire du mal de <insérez ici une réforme du parti d’en face> – ne le manquez pas ! »

« Mes vœux pour 2012 <lien vers un article de type tribune dans un média de la couleur du candidat> »

et ainsi de suite… vous pouvez faire le test avec n’importe lequel des candidats actuels (exception faite de François Bayrou qui avait organisé une session de questions/réponses – lulz en soit) et constater que la belle campagne 2.0 que l’on nous a promis est en fait une bonne campagne 0.0 en utilisant rapidement des technologies qui paraissent nouvelles à la mamie du Cantal mais sont finalement utilisées bien en deçà de leur potentiel. Pour schématiser à Georgette : c’est comme acheter une moissonneuse batteuse pour tondre sa pelouse…

Alors je sais bien que les candidats eux-mêmes ne sont pas derrière leurs comptes, ce qui en soit est déjà débile, mais si vous souhaitez persister dans ce cas de figure, lâchez un minimum de lest à celui qui est derrière votre compte et autorisez lui de temps en temps à cliquer sur le bouton « reply » – petit détail cependant : Twitter c’est pire qu’un journaliste, on n’attend pas 12 heures pour répondre si on veut que sa réponse ait un minimum d’intérêt 😉

Edit : la rédaction de cet article a été motivée par un tweet de Caliméro François Hollande