Le point sur Hadopi

Les choses se mettent en place peu à peu autour de l’Hadopi et j’ai jugé le moment opportun pour faire un petit retour sur où en est la machine de guerre que l’on sait tous vouée à l’échec mais que le gouvernement s’entête à nous mettre en place au plus vite, au risque de brûler les étapes et d’aller, encore un peu plus vite, dans le mur…

Le logo

Comment parler de l’Hadopi sans évoquer le logo et les diverses péripéties que celui-ci a entrainé ? Le premier logo a été créé il y a quelques mois et les pro-Hadopi étaient alors très fiers de nous présenter le fruit d’un travail acharné chiffré, selon les sources, entre 15.000 et 30.000€, ce qui est relativement beaucoup pour un logo mais reste raisonnable comparé au scandale du logo du pôle emploi par exemple (payé 500.000€).

Là où cela se corse c’est que le logo en question utilisait une police dont l’usage est strictement réservé à France Télécom et rendait, par conséquent, son utilisation impossible sous peine d’être poursuivi pour piratage (ironie quand tu nous tiens !).

L'ancien logo Hadopi

L'ancien logo Hadopi

Il a donc fallu bricoler un nouveau logo et repartir sur de bonnes bases. C’est chose faite depuis hier et le nouveau logo est on ne peut plus simple. A ma connaissance, aucune information n’a filtré quand au prix de l’objet. Espérons juste que nos impôts ne servent pas à payer une nouvelle version du logo là où la logique devrait dicter que l’agence qui a pondu le premier logo livre une version propre gratuitement en réparation de la faute commise pour le premier…

Le nouveau logo Hadopi

Le nouveau logo Hadopi

Ce changement de logo, s’il intervient pour repartir sur de bonnes bases est néanmoins dommageable : le nouveau logo n’ayant aucun rapport avec l’ancien, c’est une totale perte d’identité qui s’opère et si madame Michu était tombée sur la première version de celui-ci elle risque d’avoir du mal à reconnaitre le nouveau lorsqu’il sera imprimé sur un courrier la sommant d’arrêter de tuer les artistes en téléchargeant du Claude François (qui va avoir du mal à remourir mais passons).

Les recherches de l’INRIA

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe la semaine dernière : l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique) annonçait la création d’un outil très puissant : BlueBear.

Celui-ci a été utilisé pendant plusieurs mois (103 jours) pour surveiller les échanges sur le réseau p2p et en identifier les plus gros acteurs, quelles que soient les méthodes de protections utilisées par ceux-ci. Le logiciel est en effet capable de faire des recoupements suffisamment intelligents pour rendre l’utilisation de système d’anonymisation obsolète…

La bonne nouvelle c’est que ces méthodes s’appuient sur une surveillance systématique du réseau et sur la sauvegarde et l’indexation des mouvements de données sur des serveurs ce que la CNIL assimile à de la surveillance exhaustive des réseau et ce qu’elle interdit formellement.

Le logiciel restera donc ce qu’il est : un proof of concept très impressionnant.

Le DPI (deep packet inspection)

Annoncé aussi hier, ce que toute personne qui sait de quoi on parle redoute le DPI devrait bien avoir sa place dans la mise en place de l’Hadopi. Concrètement il s’agit d’analyser, au niveau des Dslam probablement, chacun des paquets échangés par un abonné à Internet afin d’en vérifier le contenu.

Cette procédure est très lourde à la fois en termes de coûts, d’infrastructure et de symbolique : il s’agit d’un énorme pas en arrière dans un monde en perpétuelle évolution. L’inspection de tous les paquets risque en effet de fortement réduire les vitesses de connexion en France…

Reste que le coût très élevé de la mise en place d’un tel système n’a encore été imputé à personne et que les FAI refusent d’en entendre parler pour le moment. Il n’y a de toutes façons que peu de solutions qui reviennent toutes au même : c’est l’abonné (ou le contribuable si l’on vise plus large) qui payera l’addition – que ce soit avec ses impôts ou par une augmentation du tarif de son abonnement Internet.

Franchement, quitte à payer plus j’aimerai autant que l’argent aille aux artistes et que l’on mette en place la licence globale pour le coup…

SeedFuck

Mi avril un petit OVNI a fait parler de lui dans le monde des anti-Hadopi : le très courtoisement nommé SeedFuck. Il s’agit d’un logiciel de torrent poisoning dont le seul et unique but est de créer des faux positifs dans le relevé des adresses IP de téléchargeurs par l’injection d’adresses IP générées aléatoirement dans la liste des seedeurs (uploadeurs).

Le risque est réel mais semble être ignoré par le gouvernement puisque la machine reste en marche, tête baissée, sans voir le mur dans lequel elle fonce.

Là encore la réponse va être simple : merci d’acheter un logiciel labellisé par le gouvernement pour garantir votre innocence…

Les échéances

L’Hadopi devrait commencer à officier à la fin du mois prochain (on me souffle le 21 juin dans l’oreillette) malgré le fait qu’aucun logiciel ne répond aux normes de labellisation du gouvernement pour protéger son accès à Internet et par la même occasion sa présomption d’innocence. Et ceci pour une très bonne raison : lesdites spécifications techniques ne sont pas encore rédigées…

J’attends donc avec impatience les premiers courriers envoyés par l’Hadopi et la réaction des associations de consommateurs et autres trublions déjà dans les starting-blocks pour mettre un peu plus à mal cette entreprise maladroite.

Il reste des solutions

Et quand bien même l’Hadopi devrai nous surprendre par sa brillante surveillance des réseaux P2P je me permet de vous rappeler qu’il existe des quantités de solutions que l’Hadopi ne peut pas (encore ?) surveiller : le direct download, les newsgroups, les serveurs privés, …

Et quand tout cela sera surveillé (parce qu’on va bien finir par y arriver à ce rythme) il restera toujours au pirates les bonnes vieilles méthodes : il est impossible pour l’Hadopi de surveiller le transit de supports physiques… Les clefs USB ont de beaux jours devant elles !

Sources : [logo] – [INRIA] – [BlueBear] – [DPI] – [SeedFuck] – … et c’est tout pour le moment !

4 réflexions sur « Le point sur Hadopi »

  1. Ping : Les news Geek incontournables de la semaine -42-

  2. LawNasK

    Bonne article qui résume bien la situation, mais la faute d’accord de la fin fait un peu mal (Clef = nom féminin -> de beaux jours devant elles).

  3. one again

    la logique voudrait que toutes les taxes frappant tous les supports informatique soient supprimées. La loi dit que nous devons utiliser un logiciel sécurisant les PC afin de prouver sa bonne foi. Ou est ce logiciel ? Quid des utlisateurs qui se font pirater leur wifi et qui n’utilisent pas la boite mail de leur opérateur ? Que va faire la police face à la « démocratisation » des systèmes rendant impénétrable les informations circulant sur le net, pour le plus grand bonheurs des vrais sal..ds type pédophiles et terroristes ? Plein de questions sans réponses. Bref, cette loi pose plus de problèmes qu’elle n’en résoud et franchement en ces périodes d’économies

Les commentaires sont fermés.